L'aide française à Madagascar en 1973

Article paru dans le journal Lumière.

Sommaire

L'assistance technique
Commentaire sur l'assistance technique française
Conclusion

QUI AIDE QUI ?

Lumière

L'aide française s'évalue à 18 milliards de francs malgaches (1 Fmg = 1F CFA = 0,02 FF) par an. Cette aide comprend plusieurs chapitres dont l'efficacité est douteuse.

Le FAC (Fond d'Aide à la Coopération)

Les investissements du FAC (2 milliards) dont le montant diminue d'année en année, ne forment qu'une faible partie de l'aide. Il faut préciser que le FAC n'entreprend pas de nouveau projet, l'essentiel des ressources est affecté à la poursuite des opérations engagées telles que l'aménagement du Lac Alaotra ou Mangoky et autres gouffres à capitaux.

Aide militaire

Près de 9 milliards, soit la moitié de l'aide, sont destinés au secteur militaire. Cette somme supérieure au budget des affaires culturelles va par moitié à l'armée française, 2 milliards à l'armée malgache, et 2 milliards et demi de pensions militaires.

L'aide à l'armée malgache est en fait supérieure, car celle-ci bénéficie de nombreux services de l'armée française telle que la confection des uniformes, la livraison des marchandises d'importation hors douane et hors TUT (TVA), ainsi que la livraison de l'essence. L'armée française assure aussi la soudure budgétaire. Par contre, cette aide comporte la vente de vieux matériels militaires a des taux surévalués.

L'assistance technique

Le quart de l'aide est formée par les traitements du personnel français : 1 milliard pour 350 assistants techniques, 2 milliards pour 1000 enseignants et 1 milliard pour les professeurs de l'enseignement supérieur (350 expatriés sur 400 professeurs).

Un assistant technique civil coûte en moyenne 3 millions et demi par an. Un appelé du contingent l l50 000 par an (salaire mensuel: 70 000 Fmg). En fait, pour tout assistant, civil ou militaire, une part non négligeable du salaire, 55 000 Fmg, est versée tous les mois par la république malgache, qui fournit en plus le logement (45 000 mensuels en moyenne pour un civil, 20 000 pour un militaire) et le mobilier.
L'état malgache contribue pour 1 milliard et demi à l'assistance technique. Quand on sait que l'épargne des assistants techniques est évaluée à 2 milliards par an, et que ceux-ci achètent environ pour deux milliards de produits d'importation, essentiellement français, on constate que les salaires versés par la France sont entièrement consommés à l'étranger, la consommation locale étant financée par la contribution de l'état malgache. Un départ massif des assistants techniques n'affecterait que très peu l'économie si l'état redistribuait sous forme de salaires sa contribution à l'A.T. française.

Compléments

Le reste de l'aide est composée :

  • d'un demi-milliard pour une participation de 40 % au budget de la faculté, participation inférieure à la proportion de diplômés français sortants de la faculté,
  • d'un milliard d'aide aux ministères,
  • d'un milliard de prêts de la caisse centrale de coopération économique,
  • d'un milliard de « surprix » : aide de la France aux exportateurs (français) pour leur permette d'écouler leurs denrées sur le marché malgache.

COMMENTAIRE SUR L'ASSISTANCE TECHNIQUE FRANÇAISE

La France se débarrasse à bon compte d'une partie du chômage des cadres en laissant en coopération un certain nombre d'A.T. peu utilisables en France, ainsi que d'une partie du chômage des jeunes intellectuels, en les envoyant se former sur le tas outre-mer, aux frais des républiques africaines.

Pour un appelé du contingent l'état français ne verse que 20 000 Fmg par mois de salaire, et seulement 75 Fmg par jour lorsqu'il est en permission en France.

L'assistance technique est caractérisée par une grande diversité des conditions sociales : les appelés du contingent enseignant dans le privé ne perçoivent que 12 à 20 000 francs par mois, le reste des 55 000 Fmg mensuels versés par l'état à l'œuvre étant retenu à des titres divers.

Un appelé du contingent marié n'a pas droit au voyage payé pour sa femme et ses enfants (si celle-ci n'est pas A.T.) ; il doit donc se débrouiller seul pour assurer voyage, travail et logement.

Le travail de la femme pose problème quand celle-ci n'est pas A.T., elle se trouve alors en concurrence directe avec des Malgaches et ceci donne lieu à divers abus : Français usant d'influence pour obtenir un poste convoité par un Malgache, ou bien poste créé à la demande d'un A.T. haut placé pour son épouse, double contrat de coopération donné à un couple, alors qu'un seul des deux est compétent à Madagascar.

Ainsi, voit-on tous les ans un certain nombre d'A.T. (essentiellement du contingent, mais pas tous) passer de poste en poste sans finalement obtenir de travail en relation avec leurs aptitudes et leurs salaires.

Conclusion

Dans l'aide française, la part consacrée aux investissements est ridicule et ceux-ci sont souvent contestables. C'est une aide qui coûte cher pour un apport net final réduit.

Exemple : dans les investissements, 2/3 servent à rémunérer les facteurs de production, 1/3 seulement est l'apport net.

Un regard sur la balance des paiements de l'état malgache montre que l'aide permet le transfert des bénéfices et de l'épargne des Français à Madagascar, plus de l0 milliards par an, la participation à l'augmentation de la monnaie est faible, le taux de cette augmentation correspond pratiquement à l'inflation actuelle.

L'aide est donc surtout militaire, et apparaît comme un transfert de revenus entre Français : les impôts perçus par l'état français permettent aux grandes entreprises françaises d'exporter leurs biens, l'aide comblant une bonne partie du déficit de la balance commerciale, et de rapatrier les bénéfices faits à Madagascar. L'efficacité de l'aide est finalement faible et sans rapport avec son coût.

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Page créée le 28/2/2002